Nigeria: Les affrontements ont fait au moins 154 victimes

Les communautés comptent leurs morts

Un corps sorti d’un puits à Kuru Karama, à 30 kilomètres de Jos, au Nigeria.

AFP/PIUS
UTOMI EKPEI
Par RFI

Des villages déserts, des populations qui font l’inventaire des pertes, des morts chaque jour un peu plus nombreux dans la région de Jos au Nigeria (centre), une semaine après des affrontements très violents entre chrétiens et musulmans qui auraient fait au moins 400 morts. Reportage dans le village de Kuru Karama, à une trentaine de kilomètres de Jos où un charnier de 154 corps a été découvert.

Kuru Karama est un village fantôme. Cinq jours après les massacres, il ne reste de cette bourgade de 10 000 habitants que des ruines de maisons brûlées, des carcasses de voitures calcinées, et par endroits, des traces de sang et de repas jetés à terre, témoins d’une violence éclair.

Ibrahim Mohamed, un habitant, a encore bien du mal à comprendre ce qui s’est passé. « Mardi, aux alentours de 11 heures du matin, ils ont débarqué dans notre village. Ils avaient des machettes et des fusils, nous n’étions pas préparés à cette attaque. On a essayé de se protéger, mais nous n’avions aucun endroit où aller. C’est pour ça qu’on est ici ».

Comme ce père de famille de 42 ans, toute la population de Kuru Karama a fui le village. Les affrontements entre chrétiens et musulmans auraient fait au moins 154 victimes, des victimes retrouvées gisant par dizaines au fond des puits des habitations.

« Au moment où je vous parle, on soupçonne l’existence de victimes supplémentaires dans nos puits.

Des personnes m’ont rapporté avoir senti des odeurs de cadavres. Jusque-là, on a découvert et enterré 154 corps, mais il y en a beaucoup plus. Une soixantaine de personnes sont toujours portées disparues. On attend maintenant que les autorités musulmanes nous aident à retourner au village pour qu’on les retrouve et qu’on les enterre », témoigne un des représentants de la communauté musulmane de la localité.

Pour l‘heure, les milliers de familles qui ont survécu aux massacres ont trouvé refuge à la périphérie de Jos, dans des campements de fortune, sans eau, ni nourriture.

« Ca n’aurait jamais dû se produire »

Près de 2 400 personnes auraient trouvé refuge dans ce camp de fortune installé dans le district de Bukuru, chrétiens et musulmans confondus. Rien d’étonnant à ça, explique un déplacé, père de 15 enfants, qui a lui aussi tout perdu : « Vous voyez actuellement, on est ensemble.
On vit ici tous ensemble. Il n’y a pas ce truc de je suis musulman, je suis chrétien. Non, on est tous frères et on peut vivre en paix, les uns avec les autres. Ce qui vient d’arriver est malheureux et ça n’aurait jamais dû se produire ».

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