
Ridha de Gennevilliers, c’est ainsi qu’on nommait les militants au MTA. On les désigne par leur implantation locale et leur enracinement géographique. Ridha alias Mohamed Travolta, alias Ali ben Donald, alias .. Alias. C’était Ridha Dahan, notre ami, notre frère et notre camarade décédé mercredi 9 septembre 2026.
Parler de Ridha en quelques mots est impossible. Il diffusait autour de lui, partout où il se trouvait un air et une ambiance de fraternité, de joie de vivre et de relations humaines saines et dénuées de toute hypocrisie. Ce colosse à la voix douce et posée, boxeur poids lourd amateur dans sa jeunesse et à ses heures de loisirs, était arrivé en France à l’âge de quinze ans. Il s’est rapidement imposé auprès des jeunes de son quartier, le Port de Gennevilliers, en se distinguant par sa capacité à les regrouper et les organiser dans des mobilisations et des actions contre le logement précaire, fait d’habitat dégradé, de cités de transit inadaptées aux immenses besoins éducatifs, sociaux, sportifs et culturels de la population et particulièrement des jeunes.
A la fin des années 70 et les débuts de années 80, Ridha s’est trouvé avec son alter égo et inséparable ami depuis l’enfance et la maternelle, Walid Dabbeche Bouazizi de Paris 75, Hedi Akkari de Créteil 94, Karima Ben Abida de Saint Cloud 92, avec d’autres jeunes issus de ces localités et d’anciens membres de la troupe Al Assifa du MTA (Mouvement des travailleurs arabes). Ensemble, ils avaient donné naissance à la troupe de théâtre et d’animation culturelle Ibn Khaldoun. Ils étaient des précurseurs pour mettre sous les feux de la rampe la vie et les relations sociales des jeunes des quartiers et des banlieues. Ils mettaient en scène les déchirements culturels et identitaires de ceux qu’on a baptisé deuxième génération. La troupe Ibn Khaldoun avait produit deux spectacles de théâtre, Mohamed Travolta et Ali Ben Donald fustigeant l’envahissement croissant et agressif de la culture et du mode de vie à l’américaine en France.
Parallèlement à cette activité de théâtre, Ridha, Walid et Taleb du CTA (Comité des travailleurs algériens) ont constitué l’ARIS association de recherches interculturelles et sociales, organisatrice de plusieurs spectacles et concerts de musique à Gennevilliers.
La vie locale à Gennevilliers ainsi que des engagements similaires ont rapproché Ridha de notre ami, le regretté Hammadi Troudi cofondateur de l’ATF et de L’ADTF. Leur passion commune pour le Malouf et la musique andalouse tuniso-maghrébine, n’était pas le seul ciment de leur amitié. Un sens de l’humour ravageur et thérapeutique les unissait. Pour soigner une déprime ou une sinistrose, il valait mieux se trouver en réunion avec eux qu’avec un prétendu psychothérapeute. Ils partageaient des aspirations et des valeurs morales et politiques communes et faisaient preuve, tous les deux, d’une intégrité absolue et d’une loyauté sans faille dans leurs relations militantes, sociales ou amicales. Ridha était ainsi venu avec ARIS rejoindre l’ADTF, l’enrichissant de son expérience et lui permettant de s’ouvrir à des nouvelles pratiques et des nouveaux publics à Gennevilliers.
Des problèmes récurrents de santé ont réussi à arriver à bout de ce géant en amitié et en fidélité. Il est parti rejoindre Walid, Hammadi, Farid, Saïd, Majid, Ali, Taieb, Al Kortoubi et tous les camarades et amis disparus. Que Ridha repose en paix près de ses proches et de ses amis.
La cérémonie de levée du corps est prévue lundi 14 septembre 2026 de 9 Heures à 10 heures 30 à la chambre funéraire de l’Hôpital Bichat à Paris 75018 métro Porte de Saint Ouen.
Rapatrié en Tunisie lundi soir, il sera enterré mardi 15 septembre au cimetière El Jallez à Tunis.
par Abderrazak Horchani